Yoga et autisme


Le monde de l’autisme ressemble à un monde parallèle d’où émane une perception hors de l’ordinaire. Mon expérience auprès des enfants prend racine dans le yoga. J’explore comment la  présence au coeur de soi résonne avec des enfants différents.

L’image d’un vase fêlé empli d’un liquide en fusion illustre bien la fragilité de ces jeunes. Ils sont sans cesse menacés. L’extérieur risque de briser le vase, l’intérieur peut exploser à tout instant.

L’ espace  relationnel

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Prenant appui au centre de moi-même, j’ai appris à toucher une qualité d’être.

L’enseignement du yoga intégrant chacun des huit membres a été l’essence de ma recherche. Le défi consiste  à être partenaire de l’enfant, un partenaire de l’instant présent. La création d’un espace de relation intègre la reconnaissance des deux espaces individuels (toi  et moi) et d’un espace de vide entre eux. Le troisième espace assure la sécurité des deux autres. Le respect de ces trois espaces est fondamental. Le lien qui les unit prend racine dans ahimsa: le  respect  inconditionnel .

La relation humaine intervient comme un facteur de transformation: l’outil  c’est moi!

Dès lors, les attitudes, signaux, fréquences, bref tous les indices relationnels sont un pont  pour accéder à l’autre. Un pont capable de traverser le vide pour toucher le plein.

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Les  Sens

Les sens sont un point d’ancrage très ajusté. Portes d’entrée et de sortie en relation avec le monde, elles s’ouvrent et se ferment. À nous de les découvrir… L’activité sensorielle est en résonnance avec la sensibilité, les émotions.Les sens  supportent le langage et  la créativité .
 
Luc, 8 ans, joue longtemps avec son camion, le fait rouler de sa main gauche à côté de lui, puis le lève à bout de bras pour s’absorber dans le miracle de la rotation des roues. Sa main droite trace des spirales dans les airs, son sourire s’étire d’une oreille à l’autre! Il se balance d’avant en arrière, au rythme du camion. Son absorption est sans faille, il semble fondu au mouvement des roues, qu’il fait varier imperceptiblement, comme ravi à chaque envol du camion, un spectacle unique et inimitable. Au paroxysme du plaisir, il hurle de satisfaction  et semble loin, fixé sur cette seule expérience intense.

Comment toucher Luc ?  Vivre  autre  chose que  cette  incessante  répétition ou comment entrer à côté de lui et glisser vers d’autres sensations?

Les pistes de recherche sont variées, elles dépendent du contexte et de la force du lien construit avec l’enfant. Il n’existe donc pas d’autres guides que l’écoute active: une dynamique d’ouverture à l’autre.

Aucune solution déterminée ne pourra traverser victorieusement le pont. C’est dans le respect des polarités action-inaction, effort-lâcher prise, que le chemin se trace et que le pont se solidifie.

L’approche sensorielle possède le privilège d’être simple et redonne vie au corps. Le jeu des sens ressemble à une palette, avec de nombreuses possibilités et variations. 

Le toucher, l’odorat, le goût, le regard, l’ouïe servent de tremplin à la relation.

La dimension de pratyara éclaire l’importance de pouvoir calmer et affiner la relation avec les organes des sens. Une perception fine pleinement captée amène l’attention à un niveau  plus  subtil, un pas encore et l’attention devient méditation.

Avec l’autisme, les sens sont aussi un moyen d’entrer en communication; ils dominent l’activité mentale. Trop souvent envahissant, le stimulus peut être apaisant, énervant, agressant ou envoutant.

Considérons la fragilité et nous comprendrons combien l’équilibre sensoriel est essentiel.

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Asana ,  la  posture

Également le corps en mouvement, la myriade des postures, asanas, soutient l’évolution et la croissance. L’accent est mis sur la grande sensibilité du système nerveux et l’importance  d’une atmosphère bienveillante, qui enrobe chacun d’ un espace  lumineux.

Le choix des postures reflète la complicité qui nous lie. Plus le lien est solide, plus l’exploration est illimitée.
. La posture s’installe dans l’action, soutenue par une chanson ou le  héros  du  jour.
 
La proposition doit être simple et couler selon la disponibilité du moment. L’objectif est d’avoir du plaisir, de délier les noeuds accessibles et d’alléger le poids de la peur ou de l’intolérance, ou des attitudes compulsives.  Pour oser ce jeu corporel, nous avons  besoin de créativité  un moment différent des autres où l’attention est investie dans le corps .  La forme de la posture n’est plus essentielle,  c’est sa fonction qui importe .Relativisons  l’importance de l’exercice,simple prétexte pour placer l’intelligence en action!  L’ouverture, la fermeture, la rotation, la mobilisation segmentaire, l’extension, la latéralisation, la synchronicité, constituent des fondations solides à l’épanouissement d’un corps en croissance.

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 La pratique , vue  d’ ensemble

La ruse est se nomme yukti,  elle nous permet de traverser les moments délicats, et garder le cap avec sérénité .
Tous les moyens sont possibles, choisis sur mesure en réponse à cequi est vrai maintenant pour Alex, plein de coussins, pour Jeremy, une grande couverture, pour   Dani, une voiture, pour Yann   une figurine, pour Arianne, le miroir…
Les phases dynamiques sont joyeuses, bouger avec entrain, loin de la routine. Elles varient, le mouvement se module et active le ressentir. L’accompagnement repose sur  l’intuition , une main légère ou profonde, un rythme marqué ou fluide, une voix chuchotée  ou grave. 

Après  ce  temps  ensemble dans le feu de l’action, s’installe un temps de retrait – un espace de rien. Cette alternance rejoint les lois de l’univers qui navigue entre le plein et le vide. Les phases statiques sont minimes. Elles viennent intensifier une extension ou approfondir une action spécifique. Leur acceptation sous-entend le confort corporel et la sécurité émotionnelle.

 

Parfois, l’enfant fige le temps, il arrête le présent. La position assise redressée est un bon exemple d’une statique posturale. Durant cette situation nourrissons l’esprit, pointer une direction pour montrer, compter, sourire vers le miroir, jouer avec les doigts… Et  bien sur la statique est suivie d’un espace de liberté, un moment d’exploration où chacun se dévoile.D’ autres  ne s’intéressent pas au monde qui les entoure, ils semblent figer et s’ennuyer. La posture en statique est alors une belle porte d’entrée . Quand le corps est placé, l’enfant accepte souvent le poids des mains qui accompagnent la respiration, apaisent une tension, ou génèrent un mouvement.

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Les qualités

Les qualités nécessaires pour ce type d’approche sont paradoxales, comme souvent dans le monde des humains! D’une part, légèreté et transparence vont accueillir le flot émotionnel,d’autre part fermeté et confiance forment une assise stable pour faire face aux tensions et intolérances.
Le yoga nous enseigne la  présence empathique, la force de l’imaginaire, l’accueil positif et le respect du vivant. Il participe complètement à l’action thérapeutique. À nous de chercher les moyens justes et efficaces avec les enfants différents.

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Marie Claire Dumont.
St Paul de Joliette, 1er mai 2007